« But that long day ends at last; yields to the night-time of the flood. And, just as the waters of the ocean come flooding, darkening over the pools, so over George and the others in sleep come the waters of that other ocean; that consciousness which is no one in particular but which contains everyone and everything, past, present and future, and extends unbroken beyond the uttermost stars. We may surely suppose that, in the darkness of the full flood, some of these creatures are lifted from their pools to drift far out over the deep waters. But do they ever bring back, when the daytime of the ebb returns, any kind of catch with them? Can they tell us, in any manner, about their journey? Is there, indeed, anything for them to tell – except that the waters of the ocean are not really other than the waters of the pool? »

L’habitude est une chose étrange.

Le chaud tend vers le mou ; le froid tend à être dur. L’inconnu peut être froid, mais pas forcément dur. L’habitude peut ne pas être chaude, et devient presque inconsidération. Cette vieille femme tremble ; elle est lourde, assise là, dans ce hall d’aéroport, les traits tirés,  les pieds joints par une sorte de tristesse limpide. Tout n’apparaît que misérable, au premier abord.  Je ne connais pas cette femme, et si j’arrive à la considérer de manière froide, distante, à l’appréhender comme un simple corps, inerte parce qu’au bord de la mort, tremblant parce qu’au seuil de sa vie, c’est parce que je ne la connais pas. Je ne suis pas dur envers elle, je suis froid. Je ne lui ai jamais parlé, je ne l’ai jamais vu, je ne me suis jamais habitué de quelque manière que ce soit à son corps, à sa présence, encore moins à sa personne. Alors je la fixe froidement, elle devient intéressante mais rien en moi de profond, de chaud, d’humain ne me la fait considérer. Peut-être que si j’avais l’habitude de la fréquenter, de lui parler, ou ne serait-ce que de la voir depuis des mois, des années, au même endroit, en échangeant juste un regard – peut-être que dans ce cas-là, je m’y serais habitué. Je la considérerais peut-être humainement. Mais là, tout de suite, c’est l’absence de l’habitude que je ressens. Je ressens une froideur, une inconsidération normales, issues d’un manque d’habitude, car l’habitude commence à l’échange. Mais cette froideur et cette inconsidération ne sont pas seules : je sens autre chose.  Ca y est, je sais ce que j’aperçois d’autre : c’est le revers de l’habitude. Il est pareil à cette froideur, à cette inconsidération, mais il n’est pas normal. Il est étrange, parce que chaudement dur. Et ce qui fait se comporter les humains de cette manière, d’avoir l’habitude, de considérer de manière inconsidérée, de ne plus s’intéresser, d’être chauds et durs, c’est l’oubli. L’oubli que cette situation est unique, que ce moment est exactement exceptionnel, que cet instant est toujours le dernier. On attend de voir la fin, la mort, le dernier arriver avec un certain visage. On maquille ce visage à l’avance, pensant réellement que cette personne, nous la verrons pour la dernière fois ici, maintenant, ou là-bas, demain. Que cette soirée n’est pas encore la dernière, que le champ est encore libre, qu’on peut encore ne pas vivre à fond, qu’on peut encore gâcher des secondes en voulant les aplanir, les échelonner, alors que les secondes s’écoulent sans qu’on puisse les en empêcher. Parce qu’on peut plaquer sur elles l’importance qui nous chante, on a l’impression d’être totalement libre.  Mais pourquoi la vie n’aurait pas une autre importance que celle que nous lui donnons, ou plutôt, voulons lui donner ? Peut-être parce qu’on apprend à réunir tout ce qui autour de nous, fera de la vie quelque chose de vivable – famille, maison, pays, travail, ambition, cercles d’amis, projets, projections, itinéraires, règles, attentes, exigences, contraintes, motivation inerte. Et de tout ça, on tente, on se rappelle, parfois, qu’on peut donner quelque chose de vivant. Mais est-ce qu’il ne faut pas plutôt le saisir ?

La vieille femme a réussit à se lever, avant de se rasseoir. C’est maintenant sa lèvre inférieure qui tremble. Elle baille. Plus personne ne s’occupe d’elle.

Qu’est-ce que ça change ?

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~ par knalu78 sur vendredi 16 juillet 2010.

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