And then a door shuts in your head.

Je commençais à m’interroger sur leur souffrance. Peut-être parce que je la trouvais suspecte, mais surtout parce qu’elle me paraissait hermétique, superficielle. Parce que j’avais intimement décrété, au fin fond de mon système de pensée et d’émotion, que je refuserais la souffrance. La souffrance de se sentir coupable.

Ils y croyaient, et même si ça me paraissait rédhibitoire, même si c’était pour moi une manière déguisée d’apprécier la vie comme elle vient, je trouvais qu’au fond éprouver du bonheur par contraste au malheur qui nous environne ou qui pourrait nous frapper ou dont on décide qu’il nous pèse sur la conscience, c’était douteux, vraiment, et en même temps, je les savais sincères, de bonne foi. La preuve, c’est que je le sentais, et qu’objectivement, ils avançaient, en avant, en arrière, dans une direction, dans une autre. Mais je sentais aussi que je n’en voulais pas, que ça ne me venait pas. Comme si mon malheur était de ne pas en avoir. Alors je me suis inventé celui-là, parce qu’il m’en fallait bien un, et que j’étais quand même un être humain, et parce qu’il en fallait bien un, et qu’ils savaient sûrement que je m’infligeais ce malheur-là, de ne pas en avoir, de ne même pas en chercher, et peut-être de n’en pas trouver de véritable, mais qu’ils ne le considéraient pas comme un vrai effort, une vraie considération, un vrai décentrement.

L’absence de scrupules laisse un drôle de goût parce qu’il n’y en a pas, ou en tout cas il n’est pas amer. J’avais peur, mais pas vraiment, de souffrir, et en même temps je l’espérais. Déjà je me mettais à écrire ces considérations au passé, comme pour poser une distance affective avec ce qui ressemble à une confession, et qui tend à une remise en question. Peut-être aussi pour véritablement dépasser cette immaturité latente, mais tellement oppressante.

Ca m’énervait aussi de savoir ce qu’ils attendaient, ce qu’il fallait faire pour au moins paraître aller dans leur sens. Mais je pensais aussi que c’était sûrement comme la politesse : ce n’est pas de la vertu, c’est faire comme si on était vertueux. Peut-être qu’il me fallait faire comme si j’avais des scrupules pour en avoir, pour finalement y croire, comme eux le font, pour finalement avancer, comme eux l’espèrent, pour en fait changer, comme la vie fait, pour le choisir, comme je devrais.

Peut-être aussi que je ne laisse aucun choix à ma vie en laissant la vie en prendre pour moi.

Comme si de n’avoir souffert qu’une fois mais que cette seule fois ait suffit à m’en vouloir d’être ce que j’étais, et surtout de ne pouvoir avoir ce que je voulais vraiment, profondément, activement, innocemment, comme si cette frustration, ce dépit donc, s’étaient ancrés en moi, en signe de traumatisme, me gardant de prendre tout risque réel ou même gratuit, simplement parce que j’avais voulu et n’avais pas eu une fois. Blessé, j’aurais inversé la tendance, pour ne rien vraiment vouloir, tout avoir, mais sans vraiment l’avoir.

Mais maintenant, elle va se retourner.

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~ par knalu78 sur mardi 9 février 2010.

Une Réponse to “And then a door shuts in your head.”

  1. Now mind is clear
    as a cloudless sky.
    Time then to make a
    home in wilderness.

    What have I done but
    wander with my eyes
    in the trees? So I
    will build: wife,
    family, and seek
    for neighbors.

    Or I
    perish of lonesomeness
    or want of food or
    lightning or the bear
    (must tame the hart
    and wear the bear) .

    And maybe make an image
    of my wandering, a little
    image—shrine by the
    roadside to signify
    to traveler that I live
    here in the wilderness
    awake and at home.

    Allen Ginsberg

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