Personne n’est prêt

Le patron du bordel est devenu fou, et il va être obligé de nous casser la gueule, avant que les allemands arrivent. Ma mémoire flanche pour ne retenir que l’immédiate dernière année, tandis que mes ambitions s’engouffrent lentement – peut-être qu’émerge une maturité, une surconscience déracinée entre 4 mondes, et entre autant de vies. Chenapan, tu le sais, les plus beaux paradis sont ceux qu’on a perdus. As-tu gagné à les perdre ? Tu n’as oublié que ce que tu as voulu retenir au moment même où tu pouvais t’en rappeler. Et tu ne retiens maintenant plus que des ratures, traces que tu estimes joliment esquissées. Chaque phase de ta vie t’enferme dans une sorte d’entonnoir apparemment autonome. Tu en ressors, sans même t’en rendre compte, avant qu’un autre ne t’avale, tout en ayant eu le temps de bien le voir venir. De quel côté, ce fourbe ? Ta personnalité, tes aspirations, tes rêves, tes convictions et tes valeurs explosent en recompositions bancales, reconstructions auxquelles tu t’efforces de trouver un équilibre, des formes, des incarnations. Bloqué dans ta tête, discrètement enchaîné à tes traumatismes, tu avances et te courbes encore et toujours pour une ligne droite, tu touches à tout sans tout saisir, tu saisis sans être tout touché. Tu cherches la débandade. Tu l’aperçois. Trop tard.

La vie nous laisse-t-elle vraiment le choix, ou est-ce nous qui laissons la vie choisir. Tant d’orientations, même illusoires, laissent au mois le choix d’être perplexe. Quel romantique cadeau ce serait de disparaître. Élégante solitude de l’âme. Jack. Jack. J’ai presque touché le fond. Je l’ai, tout, touché, des yeux, seulement. Quand renaître ? Quand mourrai-je vraiment ? Quand finirai-je de devenir ce que je suis ?

Il manque encore tant de désespoir, il reste tellement de doux désarroi à éprouver. Mais qu’est ce que cette fuite en avant fait du bien. Enfin, il paraît.

Et tu as cru qu’elle allait se laisser faire ? La pute, la pute, la pute. On the ground.

Je ne sais même plus si j’expire, ni ce qui m’inspire.

Est-ce que ça se fume sans filtre ?

Trouve un autre jeu sérieux.

James.

Tu t’y es  déjà fait.

T’as vu, dans ses yeux. Quoi ? Bah, j’sais pas. J’ai oublié à quoi ça ressemblait.

Mais tu sais ce que c’est, hein ?

Oui. J’ai su. Pourtant, tout le monde n’essaie pas de savoir.

Tu te sais déjà schizophrène, au moins en germe.

Et puis, je leur ai raconté, à tous, des sweet lies. Mais je m’en suis surtout raconte à moi. T’as remarqué, que je me mentais bien. Ca tout le monde sait le faire.

Et alors ?

T’en as déjà trop fait. C’est pas assez. Tu sais ce que tu cherches ?

Non. Mais je comprends ce que je trouve. Ils m’aident tous un peu.

Et pourtant. La sentence, l’unique vérité parmi tant d’autres, la profonde découverte déjà trouvée et oubliée, tu le sais ; c’est le silence.

Maintenant, disparaît.

Ça y est ?

T’es parti ?

Jack, reviens. James est parti. Joue pas au con !

Et puis ils foutront tous le camp, ces oxymores sur pattes.

Il est tombé. Regarde-le. Il a prit goût à la vie. Mais il sait pas se taire en mangeant.

Tu déconnes ?

Ouvre. La douleur t’égare.

Mais c’est fini, pourquoi tu t’obstines ?

Parce que. Il faut au moins essayer.

Tu sais même pas pourquoi t’essayes, et encore moins comment.

Si, regarde, ouvre.

Tu vois, ça tourne à vide, alors si on ouvre, imagine !

T’as rien compris. Si t’ouvres, ça se refermera sur toi.

T’as déjà essayé ? C’est trop galvaudé pour qu’on sache vraiment à quoi s’attendre.

Tu m’énerves.

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T’as remarqué, c’est quand même la première fois que tu façonnes tout ça. Non, en fait, tu l’avais en tête depuis des années. Ça se passait là dedans, certains te comprenaient avec quelques mots, d’autres continuent de te regarder bizarrement, dans une sorte de compassion incompréhensive, ou selon un ressenti similaire mais trop différent. Tu crois que ça t’aidera ? Avouons, c’est pitoyable d’audace de t’inventer un Jack et un James. D’abord Jack et James ils s’en foutent. Ensuite les autres s’en foutent, enfin, leur curiosité non, mais ça, paraît que c’est humain. Si faut t’auras pas de gosse. Si faut il sera pas à l’image que t’espères. On le sait déjà, tout ça. Mortel. Je pense que tu laisseras jamais tomber. Même dans vingt ans, quand t’auras laissé tombé parce que tu liras ces lignes avec une maturité honteuse de ses origines et de ses fondements, piètres fondements d’ailleurs, tu seras encore à lentement te tuer avec ces conneries. Au mieux, tu t’en seras inventé d’autres, plus communes encore, qui occupent des vies entières vidées d’intérêt. T’as quand même foutu un sacré bordel, dans ton examen de conscience. Bon d’accord, appelle ça comme tu veux.

T’as encore bouffé du chocolat. Il faudrait juste que je remercie tous les gens qui m’ont entouré, m’entourent (et m’entoureront ?) d’être ce qu’ils sont. Ça a plombé l’atmosphère de soulever le tapis, quoique je doute que la merde qui se trouve en dessous soit si fondamentale – la preuve, tout le monde ne sourit pas. Quoi ? Personne n’est content ? Tout le monde fait la gueule ? Chacun s’en fout à sa manière ?

Personne n’est prêt. Is someone getting the best, the best, the best the best of you?

Voilà. Accroche ta tête ici. Repasse de temps en temps, au gré de tes envies. Et quand tu te sentiras prêt, ou quand tu le seras, parce que de toutes les manières l’instinct est certes un guide mais surtout un prétexte – à ce moment là, tu lui enlèveras son masque. Tu sais, celui que tu lui as accroché. Fais gaffe à ce que tu trouves derrière.

Fais gaffe à ce que tu viens de trouver.

Fais gaffe, t’as pas vidé ton cœur.

Demande à la poussière.

Dans la cour il n’y a plus rien
plus ces balles un peu molles
qu’on écrasait sur des murs mitoyens
à des grands-mères presque mortes
criant à qui voulait l’entendre
fourrées dans de mauvais destins
que la vie que l’on tient par la main
ça déborde … sans avoir digéré le festin.

Dans la cour il n’y a plus rien
plus ces jeux sans fracas
plus ces rires de vauriens
il n’y a que des bâtisseurs de remords
de la chair à emploi
déjà soucieux de leur sort
on égorge
on égorge

Car il faudra bien courir ces dames
il faudra bien s’ouvrir les veines
pour dire les mots qui vous tannent
en oubliant les parents qui vous aiment
il faudra bien se construire
sans oublier de penser à terme
et puis se serrer la ceinture
puisqu’il faut arrêter les bretelles
on apprendra des phrases assassines
qu’on sortira les soirs de malaise
et puis se noyer dans l’estime
de gens qui vous saignent
dans tous les cas on en fera des ratures
et là on sera grand.

Il n’y a plus ces maîtresses bien en chair
et leurs lèvres pédagogues
qui nous apprennent comment faire
avec nos mains d’enfants
pour oublier nos mères
toujours un peu trop aimantes
et qui savent pourtant très bien
mieux vaut ne pas jouer dans la cour des grands

Car il faudra bien courir ces dames
il faudra bien s’ouvrir les veines
pour dire les mots qui vous tannent
en oubliant les parents qui vous aiment
il faudra bien se construire
sans oublier de penser à terme
et puis se serrer la ceinture
puisqu’il faut arrêter les bretelles
on apprendra des phrases assassines
qu’on sortira les soirs de malaise
et puis se noyer dans l’estime
de gens qui vous saignent
dans tous les cas on en fera des ratures
et là on sera grand.

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~ par knalu78 sur mercredi 28 octobre 2009.

2 Réponses to “Personne n’est prêt”

  1. Et puis il faut toujours bousculer ses habitudes, surtout quand on écrit.
    Enfant du démon.

  2. La journée a été merveilleuse.
    Grand soleil, nuages blancs se dissolvant dans l’air.
    Promenade avec Odette le matin jusqu’à la ferme dans les collines.
    Après le déjeuner nous avons pu rester sur les terrasses jusque vers 15 heures. Papillons. Moucherons. Roses.
    Un vent du sud, mais frais, s’est levé vers 16 heures. Violent, sifflant.
    Je n’ai pas grand chose à dire. Rien à prouver. Je ne voudrais non plus rien expliquer. Mais décrire plutôt. Ramener au plus simple. Etaler. Simplifier.
    J’aimerais persuader quelques-uns que rien n’est plus simple que ce que j’ai à dire. Que je ne me reproche qu’une chose, à savoir de ne l’avoir pas dit plus simplement encore.
    C’est de plain-pied que je voudrais qu’on entre dans ce que j’écris. Qu’on s’y trouve à l’aise. Qu’on y trouve tout simple. Qu’on y circule aisément, comme dans une révélation, soit, mais aussi simple que l’habitude. Qu’on y bénéficie du climat de l’évidence : de sa lumière, température, de son harmonie.
    … Et cependant que tout y soit neuf, inouï : uniment éclairé, un nouveau matin.
    Beaucoup de paroles n’ont pas été dites encore.
    Le plus simple n’a pas été dit.

    FP.

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