This Time

Lettres à un jeune marocain, choisies et présentées par Abdallah Taïa

Je ne pense pas que j’aurais pu répondre à vos questions avant d’avoir eu quarante ans. C’est un âge qui impose une halte naturelle. Une distance. N’allez pas croire que je défende une quelconque vertu de l’expérience, je ne crois qu’à l’étonnement permanent, au regard curieux, enfantin. C’est quoi un homme expérimenté ? C’est celui qui a perdu la peur, les doutes, les hésitations et les plaisirs des premières fois ? Celui qui a arpenté un chemin au point de le connaître par cœur ? Celui qui est capable de fermer les yeux et de le traverser sans accident, sans erreur de parcours, et de contourner précipices, virages, glissements, égarements ? Non, merci, pas pour moi. Je préfère de loin préserver mon ignorance et ma soif de l’inconnu. C’est fou comme tous les systèmes d’apprentissage, institutions, éducation, vie, famille, sont  bâtis sur le principe de nous sortir de l’enfance, de faire de nous des adultes majeurs, raisonnés, responsables et sans fantaisie. Je me suis rendu compte qu’enseigner comme éduquer requièrent une bonne dose de certitude, de dogmes et n’ouvrent surtout aucun espace à l’hésitation. Tout le monde, surtout en ces temps de crise, a besoin d’un schéma fait de lignes droites, facile et accessible. Il faut tout livrer avec un mode d’emploi qui ne dépasse pas trois  points, dont le premier est d’allumer et le dernier d’éteindre. Films, livres, musiques, maisons, voitures, hommes femmes et enfants doivent ressembler aux jouets offerts avec les happy meal. Et le bonheur sera au rendez-vous. Quand on n’a que notre doute à communiquer et à partager, c’est difficile d’affronter un monde imbu de ses certitudes. Alors, comme je n’ai aucun conseil à vous donner, je vais vous parler de quelques moments qui sont restés essentiels, qui m’ont accompagné. Je crois qu’à la fin nous ne sommes que le résultat, le lot flottant, transparent et abstrait de nos souvenirs, souvenirs d’ailleurs, et étrangement, souvent inventés…

Faouzi Bensaïdi

Ne cherche pas longtemps, mais cherche profondément. Si le bonheur existait, tu l’aurais déjà trouvé. Chacun crée le sien comme il peut. Il n’y a pas de recettes. Il faut que tu apprennes à te contenter de ce que tu as, que tu apprennes que la vie n’est pas seulement ce que tu veux en faire, ou ce que les autres en ont fait, mais c’est ce que tu en fais là, maintenant. Il y a un énorme trou entre « vouloir en faire » et « faire ». Vouloir en faire est beau à voir, de là haut, là où toutes les fleurs poussent C’est souvent de l’autre côté que les plus belles fleurs poussent, n’est-ce pas ? Si on ne se contente pas  de ce qu’on a, on espère toujours voir de l’autre côté, l’autre rive. Faire est ce grand trou, très profond, très périlleux obscur. Mais n’oublie pas que les plus belles choses sont celles qui sont au fond, au plus profond de nous, celles que personne n’a encore touchées. Celles que personne n’a encore connues. Essaye de « faire » au lieu de « vouloir faire ». Ce n’est jamais facile, je sais, mais je sais aussi que ce qui vient facilement part facilement.

Hicham Tahir

Bad Things

L’identité, ce ne sont pas les racines qui l’expriment.
Car l’identité, c’est un fruit.
Et les humains ne sont pas des arbres : ils savent renaître après les déracinements.

Daniel Maximin, Les Fruits du cyclone

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~ par knalu78 sur lundi 17 août 2009.

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