Rollin’ through my hood

Il y a certaines pensées que je n’ose confier à personne, et pourtant elles ne me paraissent pas folles, loin de là. Que serais-je, par exemple, si je me résignais au rôle où souhaiteraient volontiers me tenir beaucoup de catholiques préoccupés surtout de conservation sociale, c’est-à-dire en somme, de leur propre conservation. Oh! je n’accuse pas ces messieurs d’hypocrisie, je les crois sincères. Que de gens se prétendent attachés à l’ordre, qui ne défendent que des habitudes, parfois même un simple vocabulaire dont les termes sont si bien polis, rognés par l’usage, qu’ils justifient tout sans jamais rien remettre en question ? C’est une des plus incompréhensibles disgrâces de l’homme, qu’il doive confier ce qu’il a de plus précieux à quelque chose d’aussi instable, d’aussi plastique, hélas, que le mot. Il faudrait beaucoup de courage pour vérifier chaque fois l’instrument, l’adapter à sa propre serrure. On aime mieux prendre le premier qui tombe sous la main, forcer un peu, et si le pêne joue, on n’en demande pas plus. J’admire les révolutionnaires qui se donnent tant de mal pour faire sauter des murailles à la dynamite, alors que le trousseau de clefs des gens bien-pensants leur eût fourni de quoi entrer tranquillement par la porte sans réveiller personne.

Journal d’un curé de campagne, George Bernanos

rollin

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~ par knalu78 sur mardi 28 juillet 2009.

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