Any other name

Je me suis surpris cette nuit-là, au milieu de ces arbres qui dégageaient quelque chose d’immortel, à désirer mourir. Dans ce silence suffisant, je me suis allongé par terre, au milieu de la route, sous la lumière ambrée du lampadaire. Je respirais calmement, et mon souffle laissait échapper une mince fumée qui, avec une délicatesse indécise, se perdait dans ce froid vaporeux. Je suis revenu à cet endroit en sachant que c’était peut-être la dernière fois. Et, dans le froid serein de cette nuit toujours réconfortante et apaisée, j’ai réalisé que ça ne pouvait pas l’être. Dans cette paix sublime, je me suis mis à penser comme j’écris cet article. Je me suis mis à penser comme j’écrirais, tout simplement. Comme j’écrirais pour rendre compte de cet éveil savoureux qui a embrassé deux années de mon être. Un éveil paisible, mais surtout insoupçonné. Si j’avais su, dans cette quiétude étrange, que les arbres et le ciel de ce bleu ténébreux, que le bitume moite et la lumière dorée du lampadaire en viendraient à me toucher si profondément. A se coucher au fond de mon être, en demi-teinte, pour sommeiller longtemps. Et ne réapparaitre que lorsque je me retrouvais dans ce silence, suffisant. Je m’étais allongé, et c’est en me relevant doucement, puis en marchant, ou plutôt en flottant le long de cette route dont la ligne droite ne faisait que dessiner les courbes de mon état d’âme, que je me suis retourné : ce n’est pas possible, je reviendrai. Ou du moins, j’ai continué à marcher, sans être totalement retourné, sans être totalement convaincu de ce à quoi je semblais me résoudre, ou plutôt ce que je semblais me promettre. Je marchais, conscient que je me mentais probablement, sinon que quelque chose disputait mon esprit. Je ne sais pas si je reviendrai dans cette paix éclatante. Mais si j’ai eu envie de mourir, ou même de pleurer, si j’ai souri du plus ineffable sourire, c’est simplement parce-que j’ai compris qu’il me fallait « Vivre de telle sorte qu’il me faille désirer revivre », comme il le disait. Et cela suffisait.

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Par les carreaux d’un gris pâle et brumeux, la lune, inhabituellement basse dans le ciel luisant de fraîcheur, laisse pourtant échapper un rayon qui traverse les nuages épars pour colorer mon oreiller d’un blanc tiède et feutré. Enveloppé sur moi-même, j’entend qu’à cette heure tardive de la nuit, les oiseaux ne font cependant que chanter le jour. Mais il fait bien nuit. Et mon devoir s’accomplit.

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~ par knalu78 sur jeudi 16 avril 2009.

Une Réponse to “Any other name”

  1. Thomas Newman  » Road to the perdition ».
    Antonio Pinto « Requiem ».

    « Vivre de telle sorte , qu’il te faille désirer revivre ». Ainsi parlait Zarathoustra. Définition de l’éternel retour par Nietzche.Discutable.

    Nietzsche a ajouté : « Parler beaucoup de soi est un moyen de se dissimuler ».

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