De superba

« L’oubli est un puissant instrument d’adaptation à la réalité parce qu’il détruit peu à peu en nous le passé survivant qui est en constante contradiction avec elle »

[Marcel Proust]

Un jour, l’oubli arrive à vous. Il se présente, simplement, et sous la forme la plus banale, conventionnelle, admise et réglée, comme on en voit que dans les films, que dans les magazines, la littérature, ou dans la vie des autres. Il se présente, pour « de vrai », vous dégoute peut-être, vous abâtardit surement. Se rappeler la clairvoyance de Luchini, déclarant que « Les hommes et les femmes ne s’aiment pas bien », ne vous aide pas à vous sentir plus unique que vous l’étiez ou pensiez l’être. Bien au contraire.

Bizarrement, ce jour où l’oubli arrive vers vous, vous ne l’oubliez jamais. Vous avez peut-être oublié tout le processus complexe, à la fois long et dense, profond et superficiel dans sa prégnance, qui s’est opéré d’un point à l’autre pour vous amener à cet oubli, résumé en quelques phrases. Mais en fait, tout ça ne vous arrivera que si vous, vous aussi, vous êtes cet enfant qui a perdu la vie pour entrer dans une autre, sans s’être véritablement arraché à la première. Une transparence d’enfant dans un monde d’adultes, présentée par un adulte immature,  est peu crédible. Et elle se pulvérise sur toute l’opacité qui l’entoure sans ne jamais pouvoir que la rendre plus épaisse, plus trouble.

Les hommes et les femmes se sont inventés un jeu. Celui de considérer leurs relations, de manière plus ou moins consciente, comme des puzzles. Ce sont ces problèmes à résoudre qui cristallisent l’opacité propre au monde des hommes et des femmes citée plus haut. Certains ne se contentent jamais de ceux qu’ils ont résolu, d’une manière plus ou moins longue, à différentes heures de la nuit ou de la journée. Ils en viennent à bout avec du plaisir parfois, de la souffrance souvent. Ceux-là vont de puzzles en puzzles, sans cesse poussés par l’espérance permanente et latente que le puzzle suivant arrivera, quel qu’il soit. Et qu’il sera objet d’une délivrance tant convoitée mais tellement obscure. D’autres jouent à très peu de puzzles, et s’arrêtent parfois à leurs premiers, satisfaits du résultat, d’un résultat qui restera inerte, vivable (mais pas vivant) le reste de leur vie d’hommes et de femmes. Alors quelle paraît être la solution pour les premiers, apparemment les plus désœuvrés ? Quelle alternative à cet enchaînement patiemment frénétique d’énigmes et de problèmes qui se ressemblent sans jamais se confondre ? Peut-être… peindre.

Surtout, chérissez la gratitude, le souvenir, la réminiscence, le vestige, cette histoire plaquée, ce passé célébré, cette trace évocatrice, impressionniste et chronique. Parce qu’au fond et finalement, tout ce que la morale aura d’apporter à des âges comme les autres n’est peut-être que cette fidélité.

When you’re close to tears remember,

someday, it’ll all be over.

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~ par knalu78 sur samedi 21 mars 2009.

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